Les coupures d’électricité représentent une menace croissante pour les petites entreprises et les ménages à travers la Libye, la chaleur estivale extrême mettant en lumière les faiblesses structurelles des systèmes électriques et d’approvisionnement en carburant du pays. À Tripoli, Naseem Al-Akkari, propriétaire d’un restaurant, estime que les coupures à répétition ont coûté à son établissement environ 40 000 dollars en quelques mois seulement.
Parfois, les pannes durent jusqu’à 36 heures, l’obligeant à faire tourner des groupes électrogènes et à acheter du diesel au marché noir. Il affirme que ces groupes électrogènes coûtent à son entreprise environ 10 000 dinars libyens (près de 1 600 dollars) pour chaque journée de fonctionnement. À Benghazi, Sufian Boushaala, propriétaire d’une pâtisserie, explique que les coupures prolongées l’ont contraint à licencier du personnel et à fermer son commerce des journées entières.
Les vagues de chaleur aggravent la crise de l’électricité en Libye
Les vagues de chaleur ont fait grimper en flèche la demande en climatisation, exerçant une pression supplémentaire sur un réseau électrique déjà fragile. L’analyste énergétique Jalel Harchaoui pointe également du doigt l’insuffisance de la production de gaz naturel, qui contraint certaines centrales électriques à passer au fioul. Les pénuries de carburant et la contrebande généralisée ont encore compliqué la situation. Bien qu’elle détienne les plus importantes réserves prouvées de pétrole brut d’Afrique du Nord, la Libye d
épend fortement des importations de produits pétroliers raffinés, vendus par le gouvernement à des prix largement subventionnés. Selon les analystes et les experts de l’ONU, des réseaux criminels détournent une part importante de ces importations pour les revendre illégalement à l’étranger. L’organisation The Sentry a estimé que la contrebande de carburant coûtait à la Libye environ 6,7 milliards de dollars par an, plus de la moitié du carburant importé étant détournée par des réseaux criminels.
Des années de conflit ont également endommagé des infrastructures critiques. Neuf réservoirs de stockage de carburant à Tripoli, détruits lors de la guerre de 2014, n’ont toujours pas été réparés, tandis que les cinq principales raffineries libyennes fonctionnent bien en deçà de leur capacité théorique combinée d’environ 380 000 barils par jour. Une attaque de drone contre un complexe pétrolier à Zaouïa le mois dernier, ainsi que des retards dans les livraisons de carburant liés aux perturbations autour du détroit d’Ormuz, ont accru la pression.
Les pénuries de carburant accentuent la pression
La crise a même perturbé l’approvisionnement en eau provenant du projet de la « Grande Rivière Artificielle » à la suite d’une panne d’électricité majeure. Les autorités ont mis en place des mesures telles que des stations-service mobiles limitant la distribution à 300 litres par véhicule, mais les automobilistes continuent d’attendre pendant des heures.
Pour de nombreux Libyens, les pénuries mettent en évidence le décalage entre les vastes ressources énergétiques du pays et la réalité quotidienne marquée par une électricité peu fiable, un carburant coûteux et des infrastructures défaillantes.





